50ème législature : L’immense opportunité du PLR

Europa

Johan Rochel – Alors que s’ouvre la 50ème législature du Parlement fédéral, l’UDC est aussi forte qu’isolée. Le PLR devrait saisir la chance historique de s’installer durablement dans le rôle d’arbitre politique.

« #Rechtsrutsch » : on n’a pas trouvé mieux que cette explication aisée pour jouer l’expert nonchalant de politique fédérale. Un commentaire court, bref et concis, parfait en cette période de twitterisation. Si elle n’est pas fausse, la formule risque de manquer l’essentiel : la recomposition des forces au centre politique, le centre étant généreusement défini comme cet espace qui s’ouvre entre le PS et l’UDC. En effet, la clef de la 50ème législature se joue auprès du PLR. Au-delà des trois sièges gagnés au National, le PLR devrait profiter du renforcement UDC pour (re)devenir l’arbitre politique du pays. Le groupe UDC est fort, mais il est souvent esseulé. Sur de nombreux dossiers essentiels de la prochaine législature, le PLR peut profiter de son statut pour créer et soigner des majorités avec le centre et la gauche. Il (re)deviendra alors cet arbitre qui fait les majorités et préside aux grands choix stratégiques du pays.

Le contenu : une Suisse ouverte au monde

Le contenu d’abord : au moins deux ensembles de dossiers sortent du lot. Je ne m’attarde pas ici sur le premier ensemble concernant les questions de vivre-ensemble en société, le cœur de ce qui devrait être le programme libéral (par ex. mariage homosexuel, l’obligation de servir ou la conciliation entre vies familiale et professionnelle). En parallèle, cette législature sera décisive pour la politique étrangère du pays, plus spécifiquement la politique européenne et ses dimensions migratoires. Le PLR part avec d’excellentes cartes en main. Durant la campagne, ses candidats ont répété à l’envi qu’ils allaient tout mettre en œuvre pour défendre les bilatérales. Le parti peut également s’appuyer sur le bilan et les engagements de son conseiller fédéral Didier Burkhalter pour donner plus de poids à ses promesses.

Il n’en reste pas moins que les moments de vérité sont à venir. Le fond de solidarité du PLR sera mis à rude épreuve par l’arrivée imminente de plus de demandeurs d’asile. A quoi ressemblera leur slogan « juste mais dur » en ces temps de défis ? Le Vieux Parti sera-t-il à même de dépasser une rhétorique parfois creuse sur la tradition humanitaire pour dessiner un avenir humanitaire ? Les engagements suisses conclus par le biais du droit international, notamment l’adhésion de la Suisse à la Convention européenne des droits de l’homme, seront frontalement remis en question durant la législature à venir. Comment le PLR résistera-t-il à la pression montante? Esquisse de réponse à venir durant la campagne contre l’initiative « de mise en œuvre », soumise au vote en février prochain. Néanmoins, le dossier le plus difficile sera assurément celui des relations avec l’Union européenne. A moyen terme, il sera impossible de répéter des poncifs sur la quadrature du cercle entre mise en œuvre de l’initiative du 9 février et sauvegarde de l’accord de libre circulation des personnes. Malgré les incessantes prières répétées à l’église fédérale, ces deux éléments sont incompatibles. Nous n’avancerons pas tant que cet élément ne sera pas posé comme base de discussion. Prenant acte, il faut maintenant tout mettre en œuvre pour organiser une nouvelle votation porteuse de sens et capable d’arbitrer les contradictions nées du vote du 9 février. Dans les cinq ans, il faudra ensuite organiser une nouvelle votation portant sur les questions institutionnelles, un choix qui devrait poser les bases de la politique européenne des quinze prochaines années.

La stratégie : se distancier pour mieux arbitrer

La stratégie ensuite : pour saisir cette opportunité d’arbitre, le PLR doit remplir deux conditions. Avant toutes choses, il doit d’urgence signaliser son indépendance vis-à-vis d’un bloc « de droite » avec l’UDC. Le dossier européen et les questions du vivre-ensemble dans une société libérale lui offrent des occasions en or de se démarquer du groupe UDC. Il s’agit de tirer une ligne rouge : au nationalisme-conservateur de l’UDC, le PLR doit opposer un libéralisme-progressiste soucieux d’une Suisse bien connectée. Toni Brunner ne s’y trompe pas. Depuis les élections, il multiplie les appels du pied au PLR en les invitant à rejoindre un grand bloc de droite. Accepter cette stratégie serait funeste et ne ferait que donner le rôle d’arbitre aux partis plus centristes, le PDC en première ligne.

Deuxièmement, le PLR doit soigner son aile centriste. Sur de nombreux dossiers, ce sont les quelques personnalités du centre qui feront pencher la balance des majorités au National. Aux Etats, ces mêmes personnalités pourront marquer de leur empreinte les débats de fond. Le PLR de Philipp Müller a compris qu’il ne pouvait évacuer ces différentes ailes. Mais il continue à considérer cette co-existence plutôt comme une faiblesse. A l’inverse, il doit transformer cet état de fait en force de propositions et d’alliances. En Suisse romande, les deux vice-présidents illustrent bien cette tension. Christian Lüscher (Genève) représente l’aile droite du PLR, tandis qu’Isabelle Moret (Vaud) joue plus au centre. Que la seconde sacrifie ses positions centristes serait une perte profonde pour le parti et pour la capacité du pays à défendre des positions équilibrées.

Dommages collatéraux ?

Cette stratégie de l’arbitrage politique ne va pas sans risque. Il est en effet prévisible qu’un succès relatif sur les deux ensembles de dossiers évoqués ait pour corollaire un vote de bloc avec l’UDC sur d’autres questions. La question politique qui s’offre au centre et à gauche porte donc sur les sacrifices collatéraux d’un PLR ouvert au dialogue sur certains dossiers. A ce titre, l’Etat-social et ses prestations pourraient se retrouver victimes d’alliances à géométrie variable et de « retours d’ascenseurs ». De même, les questions environnementales seront sur la sellette, surtout après l’effondrement de leurs défenseurs politiques verts(-libéraux). Les plus confiants se diront que le PLR a retenu la leçon du succès des Verts-libéraux et qu’il a intégré une dimension verte dans l’ensemble de ses positions. Pour les autres – d’aucun diraient les plus réalistes – la défense de la transition énergétique dépendra de l’engagement de quelques personnalités à sensibilité environnementale. Auront-elles la place nécessaire ? Pour le PLR, l’occasion est immense : faire coïncider un discours sur son rôle historique dans la création de l’Etat fédéral avec la capacité d’être l’inspirateur et le réalisateur des grands projets d’avenir. S’il choisit avec soin ses alliés, ce PLR peut marquer la 50ème législature de la Suisse moderne.

Johan Rochel, 32 ans, vice-président du foraus, Dr. en droit et philosophe, auteur de l’essai « La Suisse et l’Autre : Plaidoyer pour une Suisse libérale ».

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Image: Conseil national (Source:  Services du Parlement 3003 Berne).