25 ans après la Guerre froide : quels défis pour la Suisse dans la gouvernance globale ?

Hélène Minacci  Alors que l’ordre international se transforme et que les équilibres traditionnels sont contestés, la Suisse pourrait se démarquer en affirmant son rôle d’hôte de la gouvernance mondiale. Son expertise technique constituerait un atout majeur pour gagner en influence et défendre sa souveraineté.

A l’occasion d’une rencontre avec l’Ambassadeur Alexandre Fasel, représentant permanent de la Suisse auprès des Nations Unies, le groupe régional foraus de Genève a pu réfléchir à la place de la Suisse dans la gouvernance mondiale vingt-cinq ans après la Guerre froide. Face aux enjeux majeurs auxquels la gouvernance multilatérale est confrontée, la Suisse, particulièrement au travers de la Genève internationale, est en mesure d’avoir une place de premier plan au sein de la diplomatie mondiale.

Vingt-cinq ans après la fin de la Guerre froide, le système international peine encore, et de manière de plus en plus criante, à passer de la divergence multipolaire à la convergence multilatérale entre les différents acteurs qui le composent. Les fossés traditionnels qui caractérisent la gouvernance mondiale perdurent. Fossé entre membres permanents du Conseil de Sécurité et autres Etats parties des Nations Unies, entre pays du Nord et pays du Sud, entre ex-puissances coloniales et ex-colonisés, et tant d’autres encore. Ces logiques constituant des groupes d’Etats séparés vont demeurer.

Par ailleurs, la gouvernance globale subit de profondes mutations qui rendent sa gestion difficile et provoquent de nombreuses contestations. On constate que les puissances traditionnelles parviennent de moins en moins à justifier leur position privilégiée établie par l’ordre post-1945. De plus, les puissances émergentes arrivent à maturité. Emancipées, elles veulent prendre pleinement part à la gouvernance mondiale et refusent désormais que cette dernière leur soit imposée. Défendant une vision de la gouvernance très nationaliste et conservatrice, ces pays n’ont pas pour volonté de changer le système en soi mais uniquement ceux qui en sont aux commandes.

Le prix à payer

De ces divergences découle un détournement des Etats des instances multilatérales vers des modèles de gouvernance plus régionaux, qui constituent une nouvelle forme de danger pour la gouvernance globale et pour sa cohérence au niveau international. Pourtant, durant notre discussion, l’Ambassadeur Fasel a insisté sur la nécessité de persévérer dans la voie multilatérale. Selon lui, il n’y a pas d’alternative. Il faut donc la repenser afin de pouvoir continuer à construire de la convergence entre les différentes puissances. Le prix à payer : cette solution est extrêmement lente et donc inefficace sur le court terme.

Face à ces fossés, mutations et divergences, l’Ambassadeur Fasel est convaincu que la Suisse a un véritable rôle à jouer. Sa force principale est de disposer du deuxième siège onusien sur son territoire. Ainsi, la Genève internationale se positionne comme un centre de gouvernance mondiale de première importance au sein duquel gravite une véritable nébuleuse d’Etats, d’Organisations internationales et non-gouvernementales. La Suisse doit donc travailler à faire de Genève le centre de gouvernance numéro 1 au plan global et s’efforcer d’offrir à la Communauté internationale les meilleures conditions-cadres possibles pour effectuer un travail efficace. En mettant à disposition le meilleur instrumentaire pour permettre une bonne gouvernance, la Confédération peut être capable de faire sa place parmi les grands. Comme le soulignaient déjà Johan Rochel et Sebastian Justiniano en 2013 : « La Suisse pourrait alors s’affirmer dans un rôle où elle est appelée à exceller: celui d’entremetteuse de la communauté internationale. »

Derrière cette volonté de mettre en exergue l’expertise technique helvétique en matière de bons offices, la Confédération semble vouloir donner une nouvelle teinte à sa souveraineté. Consciente que la souveraineté égale n’est qu’un concept relatif au sein du système international, elle cherche à se positionner comme acteur-clé dans la résolution des problématiques globales. En offrant les instruments et le cadre adéquats, la Suisse est en mesure de marquer la diplomatie mondiale de son empreinte. La souveraineté nous dit Monsieur Fasel, « c’est d’être capable de prendre de l’influence dans les domaines qui nous concernent ». Important à Genève, mais également à Berne où commence la 50ème législature du Parlement fédéral.

Hélène Minacci, 23 ans, est membre active du groupe régional foraus Genève et étudiante en en affaires européennes et internationales à l’Université de Genève.

Le blog de foraus est un forum mis à disposition tant des membres de foraus que d’auteur-e-s invité-e-s. Les contributions publiées ici représentent les opinions de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement l’avis de la rédaction ou de l’association foraus.