Une porte de sortie coopérative à la crise en Méditerranée orientale

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Ce blog soutient que loin d’être un horizon indépassable, les tensions en Méditerranée orientale autour des gisements de gaz, pourrait céder le pas à une exploitation partagée des ressources naturelles servirait de base à une coopération plus étendue et profonde entre pays riverains, voir même une résolution d’un conflit historique.

Un tour d’horizon de la crise actuelle

Conformément à sa nouvelle stratégie gazière, la Turquie explore les fonds marins afin de trouver des gisements. En août 2020, la Turquie annonçait la découverte d’un gisement gazier en mer noire tandis qu’elle continuait l’exploration dans une zone contestée de la mer méditerranée sous escorte militaire alors même qu’elle ne possède pas la technologie permettant d’exploiter ces gisements.

Le conflit territorial actuel oppose à la fois la Turquie à Chypre, quant à une division de la zone économique exclusive située entre l’île de Chypre et la cote moyen-orientale, ainsi que la Turquie à la Grèce à propos des zones économiques exclusives attachées aux îles grecques proches de la Turquie. L’exploration gazière ravivant ce conflit lattant au point que certains experts qualifient la situation de « menace directe à la paix et à la sécurité dans la région ». L’Union européenne tergiverse et n’arrive pas à s’accorder sur des potentielles sanctions envers la Turquie, alors que la Grèce et Chypre poussent l’Union à agir.

La découverte d’autres champs gaziers très importants comme Leviathan ou Aphrodite dans la région attise encore les convoitises turques, bien qu’il soit vraisemblable que pas tous les gisements seront exploités activement sachant que la consommation européenne de gaz naturel fossile doit inexorablement diminuer sur les 30 prochaines années afin de respecter les engagements européens pris à la COP21.

Les enjeux côté turc

Le secteur gazier turc est dans un processus de changements stratégiques visant à diversifier son approvisionnement, de le rendre moins dépendant de la Russie—la Turquie importe 53% de son gaz de la Russie en 2017—et d’augmenter son indépendance énergétique. Les sanctions américaines de 2019, puis la crise COVID-19 en 2020 accélèrent la chute de la lire turque, induisant un effet très négatif sur la balance commerciale et une inflation galopante qui n’a pu être stoppé que récemment avec un changement du directeur de la banque centrale et du ministre de l’économie. La politique d’armement turque souffle le chaud et le froid en achetant des armes tantôt du côté russe ou tantôt du côté américain avec un positionnement militaire tout sauf claire en tant que membre l’OTAN, comme le montre le blocage par le Sénat américain de la vente de F35 à la Turquie, suite à l’achat par cette dernière de systèmes de défense sol-air russes S400.

Une porte de sortie coopérative ?

Nonobstant les conflits territoriaux historiques, chaque acteur régional a un intérêt à trouver une solution coopérative à la crise en mer méditerranée. Cette solution prendrait la forme d’une extraction partagée des ressources en gaz naturel sous-marin entre les pays concernés. Elle permettrait de diversifier l’approvisionnement de la Turquie en gaz naturel lui permettrait d’augmenter son indépendance énergétique, notamment face à la Russie, et lui offrirait potentiellement une rentrée de devises étrangères liées à la vente du gaz naturel extrait tout comme pour les autres pays concernés ce qui permettrait aussi de relancer leur économie dans un contexte de crise économique post COVID-19. Cette coopération d’abord uniquement économique pourrait déboucher sur une coopération régionale plus étroite, voire même une résolution des conflits historiques à la région, en créant la confiance nécessaire entre les acteurs d’une région qui en manque cruellement. De plus, en permettant à la Turquie de diminuer sa dépendance envers la Russie, l’Europe offre une nouvelle occasion à la Turquie pour se rapprocher de l’UE et de ses partenaires de l’OTAN.

Une coopération économique pour extraire les ressources gazières pourrait prendre la forme d’un accord international (en termes économiques on parlerait de joint-venture contractuelle) où chaque partie prenante définit ses rôles, ses responsabilités ainsi que le capital injecté et la clé de répartition des gains. La question du partage des gains et du montant de capital injecté par chacun restera épineuse car elle revient à devoir trancher dans quelles zones économiques exclusives se trouve quel gisement. Cependant, le règlement de cette question centrale, ainsi que les interactions générées par cet accord international pourront servir de base pour recréer la confiance nécessaire entre les acteurs régionaux, pour espérer intensifier la coopération sur d’autres questions voir même pour résoudre de manière durable leur conflit territorial.

L’Europe pourrait offre à la Turquie cette porte de sortie coopérative, vu qu’elle dispose des technologies nécessaires à l’extraction des ressources gazières, qui font défaut à la Turquie. Mais cela rendrait la Turquie plus dépendante de l’Europe. Ceci permet aussi à l’Europe de tester les volontés turques de se positionner plus du côté de la Russie ou de l’OTAN car l’entre-deux (que la Turquie recherche peut-être) ne peut pas exister de manière durablement stable dans les circonstances géopolitiques globales actuelles.

Image by Dean Brierley, unsplash.