Entre Kim et Donald, une place pour la diplomatie suisse

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Sur fond de crise nucléaire entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, la Suisse, dans la lignée de sa tradition diplomatique, tente de participer à la recherche d’une solution en proposant ses bons offices. Bien que ce soit pertinent, la diplomatie suisse doit jouer un rôle plus actif au cœur du processus en mettant en place les conditions nécessaires à un dialogue.

„Rocket Man“, „mentalement dérangé“, „destruction totale“ sont quelques-uns des nombreux exemples de l’escalade verbale à laquelle se prêtent Donald Trump et Kim Jong-un depuis plusieurs semaines. Bien que ces déclarations soient restées pour le moment sans réalisation concrète, elles révèlent un climat de tension dont l’issue est plus qu’incertaine, renforcée par le caractère imprévisible des deux protagonistes.

Twitter contre la voie diplomatique
Alors que le reste du monde constate avec inquiétude la situation, la Suisse entend jouer un rôle dans le désamorçage de la crise en offrant ses bons offices. Dans un communiqué, le Département fédéral des Affaires étrangères déclara que la Suisse était „prête à répondre à toutes sollicitations pouvant contribuer aux efforts de promotion de la stabilité et de la paix dans la péninsule coréenne“. Le problème ? Aucune des deux parties n’a sollicité la Suisse. Bien que l’art de la diplomatie repose grandement sur des échanges officieux, aucune volonté de négociation ne semble être envisagée au regard des déclarations. Du côté américain, alors que le Secrétaire d’Etat tentait de créer des voies de dialogue avec Pyongyang, le Président américain critiqua l’approche diplomatique en déclarant sur Twitter „qu’il perdait son temps à essayer de négocier“. Du côté coréen également, le pays n’accorde aucune considération à d’éventuelles discussions.

La proposition suisse est tout de même une bonne initiative. Son expérience et sa renommée lui procurent la crédibilité nécessaire pour intervenir comme médiateur dans cette crise. De plus, certains faits confèrent une place spéciale à la Suisse comme la présence de soldats gardant la ligne de démarcation depuis 1953 ou l’accueil des pourparlers à Genève entre 1997 et 1999 à la demande de la Corée du Nord. De plus, elle a exercé à plusieurs reprises la représentation des intérêts américains à l’étranger.

La Suisse, en septembre, fut déjà le lieu de rencontre entre un haut fonctionnaire nord-coréen et un ancien secrétaire d’Etat américain pour des discussions informelles. La mise à disposition du territoire suisse pour la tenue de telles rencontres est un début encourageant. Toutefois, la diplomatie suisse doit trouver un moyen d’être plus active pour mettre en place les conditions nécessaires à ce dialogue.

Mise en place d’une négociation
Afin de jouer un rôle dans la mise en place d’un règlement de crise, la Suisse doit faire valoir sa position pour renforcer ses contacts diplomatiques entre les parties pour se placer comme intermédiaire neutre au cœur des discussions. Pour cela, la diplomatie suisse doit s’organiser autour de deux initiatives. La première, instaurer un double gel à effet immédiat pour stopper l’escalade des hostilités : un gel des lancements de missiles coréens et un gel des opérations militaires américaines. Ceci permettrait de créer une situation apaisée propice aux discussions. La seconde est de relancer le processus de règlement diplomatique sur la base des Pourparlers à six, incluant, en plus des Etats-Unis et de la Corée du Nord, la Corée du Sud, la Chine, la Russie et le Japon. Ces puissances régionales doivent être intégrées en raison de fortes relations diplomatiques avec les deux parties, et partageant la volonté de maintenir la stabilité de la région. En effet, la Russie comme la Chine se sont prononcées en faveur de l’ouverture d’un dialogue diplomatique et apparaissent ainsi comme des acteurs indispensables sur lesquels la Suisse devra s’appuyer pour accroître son influence.

[Cet article, republié sur le blog du Foraus, a été rédigé en octobre 2017 et se réfère à la situation internationale prévalant à cette époque.]