L’affaire API : coup dur pour l’image de la Suisse en Chine

De Céline Badertscher - Tout juste un an après l’application de l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine, une sombre affaire d’escroquerie vient ternir la réputation de la Suisse comme partenaire fiable et sûr.

Presque un an après l’entrée en application du traité de libre-échange entre la Chine et la Suisse, cette affaire ne risque-t-elle pas de ternir quelque peu les relations économiques et, par ricochet, les relations politiques entre les deux pays? L’image peut prêter à sourire : un bus de tourisme s’arrêtant en pleine ville de Genève duquel sort un petit groupe de Chinois. Sauf que cette fois-ci, il ne s’agit pas de touristes visitant notre belle Cité du bout du lac, mais d’investisseurs lésés par une société suisse venus réclamer justice, ou du moins quelques explications. L’avocat de certaines victimes, Me Thomas Hua, nous confie : « L’affaire ne semblait susciter aucune attention particulière en Suisse malgré le nombre élevé de lésés et l’importance des sommes en jeu ». Et c’est bien là que le bât blesse, car si l’affaire API Premiere Swiss Trust AG passe relativement inaperçue en Suisse, en Chine elle fait scandale.

L’affaire API Premiere semble, à première vue, être une affaire d’escroquerie assez banale. Une société financière d’investissement suisse gagne la confiance de milliers de Chinois en promettant des rendements atteignant 10% par mois. Or en janvier 2015, la société annonce qu’elle a subi une attaque de hacker et que les fonds ont été perdus. Et depuis, silence radio. Cependant, l’ampleur de l’affaire est assez exceptionnelle. En effet, il s’agit de quelques 29'000 investisseurs chinois ayant perdu leurs avoirs pour une valeur totale estimée à 1,2 milliard de francs.

Un scandale qui aurait pu être évité ?

Rapidement, on est tenté de critiquer la crédulité des investisseurs face aux promesses de rendements mirobolants. Mais c’est oublier qu’en 2014, la bourse de Shanghai a grimpé de 150% en douze mois. Et du côté des autorités de régulation suisses, n’y a-t-il pas eu des indices indiquant une possible escroquerie ? Le 4 août 2014, API Premiere Swiss Trust AG avait annoncé sur son site que son inscription était en cours d’approbation par le registre du commerce suisse et la FINMA. Or la FINMA n’a démenti cette affirmation que le 16 janvier 2015. Cette dernière avait pourtant été alertée dès le printemps 2014 par des investisseurs chinois inquiets qui ont déposé une première plainte en septembre 2014. Or la FINMA n’ordonne la dissolution de ladite société que fin mai 2015. Plus inquiétant encore, de simples recherches sur Internet nous apprennent que le dernier administrateur d’API Premiere est toujours actuellement administrateur d’une seconde société prétendant être «members of the Swiss Financial Market Supervisory Authority (FINMA)». Mais sur le site de la FINMA, il n’y a aucune inscription sous le nom de cette société, ni en tant que banque, ni en tant qu’intermédiaire financier directement assujetti à la FINMA, ni en tant qu’intermédiaire financier affilié à un organisme d’autorégulation (OAR). Et cette société ne figure même pas sur la liste noirede la FINMA...

L’image de la Suisse en Chine : égratignée ou en danger?

La société API Premiere a très largement utilisé l’image positive de la Suisse en Chine. C’est bien en s’appuyant sur la réputation de solidité et sécurité de notre pays qu’elle a gagné la confiance des investisseurs chinois. Cependant, cette réputation se heurte à la réalité, car il manque apparemment un mandat clair de surveillance proactive des marchés financiers en Suisse. De plus, lorsque certains investisseurs lésés sont venus en Suisse pour faire la lumière sur leurs avoirs perdus, ils n'ont pas obtenu toute l'aide qu'ils espéraient. Or, l’article 9.1. d) de l’Accord de libre-échange entre la Confédération suisse et la République populaire de Chine stipule que les Parties s’engagent à aider les investisseurs à comprendre les règles relatives à l’investissement et le climat d’investissement propres à chacun des deux pays.

Céline Badertscher est membre du foraus et impliquée dans le groupe « Diplomatie ». Après des études en Histoire Générale et Chinois, elle a complété sa formation par un Master pluridisciplinaire en Etudes Asiatiques. Actuellement, elle travaille pour une multinationale du secteur privé.